Le regard qui guérit

De l’art sacré à l’art-thérapie en passant par l’expression artistique, un survol du rôle de l’art.

Nous entendons de plus en plus parler d’art-thérapie, et de la quête de mieux être au moyen de l’expression artistique.

La thérapie par l’art est devenue une discipline en soi et le nombre de thérapeutes par l’art ne cesse de croître.

L’objectif, pour le « patient » en art-thérapie, est similaire à celui qu’il pourrait poursuivre auprès d’autres thérapeutes et professionnels de la santé : augmenter son bien-être, se libérer d’angoisses et de charges inconscientes, exprimer et prendre conscience de ce qui l’oppresse, transcender son mal de vivre et ultimement guérir des maux physiques et psychologiques qui l’affligent.

L’objectif de la pratique artistique est donc dans ce cas-ci avant tout centrée sur le mieux être personnel.

L’art thérapie concentre la finalité de la pratique vers soi-même, alors que la pratique professionnelle de l’art est généralement tournée vers l’autre, le public avec lequel l’artiste cherche à établir un contact.

L’expression artistique

Il n’y a aucun doute au fait que l’expression artistique est elle-même « salvatrice ».

L’artiste qui cherche à aller au bout de son expression, selon l’une des images stéréotypées que l’on en a développé depuis un ou deux siècles, a souvent été décrit comme un être tourmenté, à la limite du déséquilibre, et pour qui l’art est un viatique, un exutoire incontournable, une sortie de secours à son mal de vivre. À titre d’exemple, l’image que l’on a retenue de Vincent Van Gogh et d’Egon Schiele représente très bien ce type d’artiste.

Il n’en demeure pas moins que pour ces artistes l’objectif de la pratique artistique n’est pas avant tout centré sur l’obtention d’un mieux être personnel. L’artiste est dans ce cas spécifique « poussé » à exprimer sa condition et son oppression, lesquelles répondent souvent à une forme mal être collectif, au bénéfice de l’ensemble. Cette expression peut être libératrice et bénéfique en soi, mais le soulagement procuré ne constitue pas le but premier de la pratique.

Nombre de ces artistes ont d’ailleurs reconnu que si leurs « blessures » personnelles, et même dans certains cas leur révolte et leur colère, en venaient à disparaître, ils risqueraient de perdre le moteur premier de leur expression artistique.

Dans le prolongement de la reconnaissance publique obtenue par ces artistes, grâce à ce qui est alors considéré comme une « expression personnelle originale», l’art du vingtième siècle a pris un virage beaucoup plus individualiste. Le but premier des artistes professionnels, et même de beaucoup d’artistes amateurs, est d’acquérir une importante visibilité sociale qui leur permettra ultimement de tirer profit de la vente de leurs œuvres.

L’art sacré

Si on remonte plus loin, aux fondements de l’art, à la source de toute expression artistique de quelque civilisation que ce soit, l’art est avant tout un outil sacré qui permet à l’être humain de rester en lien avec sa dimension originelle, de communiquer avec l’invisible et le divin. Les artistes-chamanes ne cherchaient en aucun cas à s’exprimer sur un plan personnel ou à obtenir une reconnaissance sociale en fonction de leur habileté ou talent. Leur fonction ou appel était de se mettre entièrement au service de cette autre dimension, de devenir un instrument consacré au dialogue avec l’invisible, quitte à renoncer aux attraits de la vie « terrestre et mondaine ».

L’art sacré avait un rôle déterminant dans l’équilibre collectif et individuel de la communauté. En donnant forme et corps à une dimension qui transcende la dualité du cerveau de la survie, il permettait aux individus de dépasser leurs propres luttes et contradictions personnelles pour se rallier et se relier autour de quelque chose de plus grand et de plus englobant. Bien qu’il n’était pas avant tout identifié comme un outil de guérison, l’art sacré a été un baume qui a amené réconciliation et guérison à l’âme humaine, autant individuelle que collective.

L’art d’aujourd’hui

À notre époque, l’art est présent dans une myriade de produits destinés à réconforter, embellir, faire plaisir, distraire, stimuler en plus d’agir comme un miroir exprimant tout ce qui est collectivement refoulé.

La fonction de « guérison » est beaucoup moins manifeste, même si l’humanité pourrait être très surprise de l’impact insoupçonné de l’art advenant le cas où la totalité de la dimension artistique devait disparaître du jour au lendemain de la surface de la planète.

Pour une grande partie de la population, l’art, identifié tel quel, continue à être considéré comme accessoire, relégué en fin de liste des priorités vitales, ou à la limite perçu comme étant relativement inutile.

Pour en revenir au potentiel de guérison, la plus grande force des pratiques artistiques n’est pas nécessairement quantifiable en termes de résultats à obtenir. Que l’on puisse retirer un bien-être de l’art, en contemplant une œuvre, en s’exprimant soi-même au moyen d’une discipline artistique ou encore en explorant les profondeurs inconscientes au moyen de l’art-thérapie, le fait est indéniable.

Ce qui est moins identifié, c’est la fonction vitale de la pratique artistique dans le renouvellement du regard que l’humanité pose sur elle-même et son environnement, ce qui en soi est une forme de « guérison » essentielle à toute évolution.

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