Du corps objet au corps sujet

Corps objet. Objet regardé, évalué, analysé et jugé plus souvent qu’autrement comme étant insuffisant, imparfait, inadéquat. Objet dont chacun entend disposer à sa guise, car le corps, personne ne le remet en cause, est considéré comme une possession.

Chacun dit « mon » corps. Qui en chacun dit « mon corps » ? Reste à déterminer quelle est la partie de l’être qui s’érige ainsi en propriétaire absolu et incontesté du corps.

En quoi une partie de l’être peut-elle se considérer propriétaire d’une autre partie ? En quoi d’ailleurs une partie de l’humanité peut-elle se donner le droit de propriété sur une autre partie de l’humanité ? L’histoire ne manque pas d’exemples prouvant que de tout temps certains se sont accordés ce droit de propriété, au détriment de celle ou celui qui s’est ainsi retrouvé dans la position d’objet possédé, que ce soit à l’échelle sociale ou familiale.

Où en chacun de nous se trouve cette conscience propriétaire qui affirme détenir le corps, et qui étend le cas échéant ce droit de propriété au corps de l’autre ?

Qui dans notre pays intérieur, prétend régner en seigneur et maître absolu, se donnant droit de vie, de mort ainsi que d’exploitation sur ceux qu’il considère ses serfs, ses esclaves, ses serviteurs, ses gardes, tout ce qui symboliquement rappelle le corps ?

Cherchez celui qui aime se maintenir dans les hauteurs, celui qui à l’abri de son château fort se considère supérieur, et qui prend pour inférieur tout ce qu’il situe plus bas, la matière, la terre, la vie végétative et animale, le corps, la femme qui est associée au corps, et dans l’ensemble tous les êtres humains qui travaillent avec leur corps.

Il faut avoir été dans la position du corps ainsi « possédé » pour savoir à quel point cette situation est intolérable et invivable, comme en témoignent tant de femmes, d’enfants et d’hommes sur la planète.

Alors pourquoi persiste-t-on à imposer les désagréments de cette détention arbitraire à notre propre corps ?

Pourquoi continue-t-on à tout décider pour le corps sans même le consulter, considérant ce dernier comme un objet inconscient ?

Car il suffit de tendre un peu l’oreille pour se rendre compte que le corps ne cesse de parler, qu’il est sensible et doué de conscience. Pourquoi ne pas affranchir le corps de sa condition de servitude et d’esclavage sans droit de parole, et ainsi passer du corps-objet au corps-sujet à part entière ?

Peut-être pourrons enfin sortir du rapport dominant-dominé, qui s’est projeté dans toutes les dimensions de l’humanité, pour rentrer dans une relation plus vivante et communiante avec le corps, et par extension avec notre vis-à-vis ?

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