Le portrait nu

Parmi toutes les représentations de nu que l’on peut recenser dans l’histoire de l’art, il n’y a pas tant de « portraits nus », c’est-à-dire une image qui désigne une personne spécifique tout en la révélant dans sa nudité.

Le nu a souvent été utilisé pour représenter une allégorie, une figure esthétique ou un idéal dépersonnalisé mais beaucoup plus rarement pour en faire un portrait d’une personne comme telle.

D’ailleurs le corps lui-même est souvent évacué des portraits, soit que la représentation s’arrête à la poitrine, ou éventuellement à la taille, qu’il soit dans l’ombre ou peu présent, ou encore dissimulé derrière des vêtements.

Et quand l’artiste s’est d’aventure réellement engagé à représenter fidèlement l’identité un modèle nu, il s’efforce de relativiser cette identité en nommant le sujet de façon générique, exemple : nu assis.

On observe même une sorte de polarisation entre le portrait et le nu dans l’art pictural, le portrait se fixant sur la personnalité du visage tout en évacuant le corps, et le nu cherchant à dépersonnaliser au moyen d’un traitement esthétique ainsi qu’en diminuant considérablement l’importance des traits du visage, et ce lorsque la tête n’est pas complètement omise en étant tournée ou carrément hors cadre.

Le portrait nu frontal, vu de plein pied dans son intégralité, a été plus fréquemment utilisé en art contemporain depuis quelques décennies, souvent avec une intention de provoquer ou à tout le moins de défier les « bonnes manières » de l’art conventionnel.

C’est la forme de nu qui est considérée comme étant la plus « choquante ».

Pourquoi ?

Peut-être parce qu’elle en appelle à la rencontre intime avec un autre individu qui nous fait face sans tous les masques et apparats de la rencontre mondaine, lesquels créent une distance réconfortante entre les personnes.

Le face à face avec le portrait nu a quelque chose d’intransigeant et d’incontournable.

Nous sommes loin de la position de l’observateur anonyme qui est témoin d’une scène dépersonnalisée sur laquelle il peut projeter son imagination sans être lui-même vu.

La rencontre face à face avec une personne nue nous renvoie à notre propre fragilité d’être. Il nous rappelle aussi que « l’autre » corps, en effet de miroir, n’est pas aussi séparé de notre propre corps que nos perceptions voudraient nous le faire croire, l’un et l’autre partageant la même vulnérabilité et condition d’être humain.