Archives pour la catégorie Regard sur le corps

Pour une journée internationale du corps

Le corps est en général mal aimé. Il est désiré, idéalisé, parfois admiré lorsque son exceptionnelle beauté le démarque de l’ordinaire, d’avantage convoité, consommé, exploité, évalué et jugé, jusqu’à en être méprisé, rejeté, exclu (et enterré), mais rarement honoré et véritablement aimé pour ce qu’il est.

Il est le bouc émissaire par excellence. Banni, humilié, puni, châtié, martyrisé et torturé pour des paroles et pensées qui viennent d’avantage de la tête que de son propre élan de corps, il subit docilement et en silence toutes sortes de maltraitements.

Tout ce qui s’érige en propriétaire absolu du corps (plus spécifiquement le mental), se considérant « au dessus » de la condition corporelle, se permet d’en jouir à sa guise, de le pousser à bout et de le malmener, le considérant au même titre qu’un esclave ou un animal.

L’humanité s’est ralliée autour de toutes sortes de journées internationales, dont celle de la terre, pourquoi n’y en aurait-il pas une pour le corps?

Parions que si le corps était mieux aimé et compris, la planète ne s’en porterait certainement que mieux.

Alors votons pour une journée mondiale du corps! Cela pourrait aujourd’hui même, ou être une journée flottante, imprévisible, en hommage au fait que rien de ce qui est vivant ne peut se manifester sans le don du corps.

Pour commencer tout de suite en ce sens, voici une affiche, totalement libre de droits, que vous pouvez faire circuler à votre guise, pour honorer le corps et surtout pour dénoncer ce mépris implicite que tant de cultures lui font subir chaque fois que l’on apprend à un enfant qu’il lui faut impérativement avoir honte de son corps.

corpshonte

Vous trouverez l’affiche en plein format et plusieurs langues sur le site Messages pour le corps de dessintraitdunion.net.

À noter, pour les personnes qui ne l’ont pas encore vu, que le dessin de cette affiche a fait l’objet d’une démonstration que l’on peut consulter sur le site Dessiner au jour le jour.

 

Et pour alimenter la réflexion sur Le mal amour du corps et le non-amour de soi en général, participez aux échanges qui viennent de s’amorcer en ce sens sur le site femmescoeur.

Du corps objet au corps sujet

Corps objet. Objet regardé, évalué, analysé et jugé plus souvent qu’autrement comme étant insuffisant, imparfait, inadéquat. Objet dont chacun entend disposer à sa guise, car le corps, personne ne le remet en cause, est considéré comme une possession.

Chacun dit « mon » corps. Qui en chacun dit « mon corps » ? Reste à déterminer quelle est la partie de l’être qui s’érige ainsi en propriétaire absolu et incontesté du corps.

En quoi une partie de l’être peut-elle se considérer propriétaire d’une autre partie ? En quoi d’ailleurs une partie de l’humanité peut-elle se donner le droit de propriété sur une autre partie de l’humanité ? L’histoire ne manque pas d’exemples prouvant que de tout temps certains se sont accordés ce droit de propriété, au détriment de celle ou celui qui s’est ainsi retrouvé dans la position d’objet possédé, que ce soit à l’échelle sociale ou familiale.

Où en chacun de nous se trouve cette conscience propriétaire qui affirme détenir le corps, et qui étend le cas échéant ce droit de propriété au corps de l’autre ?

Qui dans notre pays intérieur, prétend régner en seigneur et maître absolu, se donnant droit de vie, de mort ainsi que d’exploitation sur ceux qu’il considère ses serfs, ses esclaves, ses serviteurs, ses gardes, tout ce qui symboliquement rappelle le corps ?

Cherchez celui qui aime se maintenir dans les hauteurs, celui qui à l’abri de son château fort se considère supérieur, et qui prend pour inférieur tout ce qu’il situe plus bas, la matière, la terre, la vie végétative et animale, le corps, la femme qui est associée au corps, et dans l’ensemble tous les êtres humains qui travaillent avec leur corps.

Il faut avoir été dans la position du corps ainsi « possédé » pour savoir à quel point cette situation est intolérable et invivable, comme en témoignent tant de femmes, d’enfants et d’hommes sur la planète.

Alors pourquoi persiste-t-on à imposer les désagréments de cette détention arbitraire à notre propre corps ?

Pourquoi continue-t-on à tout décider pour le corps sans même le consulter, considérant ce dernier comme un objet inconscient ?

Car il suffit de tendre un peu l’oreille pour se rendre compte que le corps ne cesse de parler, qu’il est sensible et doué de conscience. Pourquoi ne pas affranchir le corps de sa condition de servitude et d’esclavage sans droit de parole, et ainsi passer du corps-objet au corps-sujet à part entière ?

Peut-être pourrons enfin sortir du rapport dominant-dominé, qui s’est projeté dans toutes les dimensions de l’humanité, pour rentrer dans une relation plus vivante et communiante avec le corps, et par extension avec notre vis-à-vis ?

Regard d’amour

L’offrande du regard d’amour, en dessin comme dans la vie, c’est l’activation d’un regard qui embrasse au-delà de tous les jugements, différences et séparations.

Ce n’est pas quelque chose qui se commande. Personne ne peut exiger de lui-même ou de l’autre d’aimer.

L’amour ne se commande pas, il se donne, sans quoi ce n’est plus vraiment de l’amour, mais plutôt des faveurs extirpées par la pression, par la manipulation et par la peur.

L’amour vient en aimant.

Le premier pas sur le chemin de l’amour, c’est d’aimer.

Comment peut-on commencer à aimer, si l’amour ne se commande pas ?

En faisant un premier pas, en commençant par le plus petit geste possible.

Si je veux allumer un grand feu, cela me demande d’abord d’allumer une toute petite allumette à partir de laquelle je peux transmettre cette flamme à d’autres brindilles autour, qui elles-mêmes vont enflammer de plus gros morceaux de bois.

Il en va de même avec le regard d’amour.

Pour le dessin, commencez par dessiner ce qui vous inspire de la tendresse. Cela peut être n’importe quoi, quelques feuilles qui tremblent dans le vent, un petit animal endormi, deux mains qui se tiennent… peu importe. Puis prendre le temps d’offrir cet amour en caressant tendrement les formes de ce que vous dessinez. N’ayez aucun souci du résultat, à savoir si vous allez réussir à faire un « beau dessin » qui va vous attirer des compliments. Concentrez-vous sur une seule chose : donner de l’amour.

Plus vous pratiquerez, plus cet amour va grandir, et vous le verrez  se propager comme un feu à des tas de choses auxquelles vous étiez indifférents, ou même qui vous inspirait du mépris ou du dégoût. Plus la pratique est intense, plus le foyer de tendresse est rayonnant, plus l.’amour offert va embrasser grand et large.

Tout va vous sembler devenir « aimable ». Ce que la tête juge comme une imperfection corporelle, comme quelque chose que l’on voudrait changer ou corriger, comme par exemple un nez ou un ventre qui sort de la norme, tout cela va être accueilli dans la tendresse et l’amour !

Normal, ou différent ?

Il y a un drôle de paradoxe auquel on se frappe dès que l’on commence à dessiner le corps humain.

Ce paradoxe vient avant tout de la contradiction profonde des attentes de l’être humain, chacun voulant être à la fois différent, … et normal !

Un grand nombre d’individus cherchent à se démarquer en se montrant différent des autres, en se voulant original de façon à se distinguer de la norme. Toutes sortes d’artifices sont utilisées à cette fin, variété de coupes et de teintures pour les cheveux, tatouages, piercing et abondance d’apparats vestimentaires.

Le paradoxe, c’est qu’en même temps, dès qu’il s’agit du corps, il faut surtout ne pas être « trop ceci ou trop cela ». C’est-à-dire que les proportions du corps demandent à être « parfaites », cette perfection n’étant ni plus ni moins un idéal fondé sur une norme stéréotypée, comme l’est par ailleurs le « parfait citoyen ».

L’attente d’une certaine forme de « perfection corporelle » est omniprésente dans l’imagerie culturelle, médiatique et particulièrement publicitaire. Cette pression normative implicite est également active dans la volonté de l’artiste dès qu’il cherche à produire une « belle image », une œuvre qui plaira au public.

Autant il peut se permettre toute l’originalité voulue dans sa façon d’habiller l’œuvre et le sujet, autant ses représentations corporelles devront se conformer à certaines normes s’il ne veut pas déplaire. À moins évidemment qu’il cherche intentionnellement à provoquer des réactions.

Le corps hors-norme suscite d’abord une certaine curiosité, pour ensuite s’attirer immanquablement jugements et moquerie quand ce n’est pas du mépris ou du rejet, avec toutes les formes de détresse qui peuvent s’ensuivre pour les personnes qui sont l’objet d’un tel regard. .

L’artiste, le photographe, le cinéaste ainsi que toutes les personnes qui véhiculent des images corporelles ont une certaine responsabilité dans la possible transformation du regard porté sur le corps.

Offrir une réelle place à la différence, non pour l’exploiter ou la ridiculiser, mais bien pour l’accueillir, pour l’inclure avec tendresse dans tout ce qui est aimé et aimable à notre cœur, est un premier pas en ce sens.

Source d’inspiration : photo tirée d’une revue naturiste