Dessiner d’après modèle ou d’imagination?

La « grande question » est lancée!

Il existe effectivement des tenants radicaux de l’une ou de l’autre approche de dessin : certains ne vivent que pour le dessin d’observation, s’inspirant d’un modèle, et d’autre ne jurent que par le dessin d’imagination, recréant l’image de la vie à partie de leurs propres facultés intellectuelles.

Le dessin, comme la plupart des disciplines, offre en fait une infinie possibilité de chemins et d’approches. Toutes ces dimensions coexistent dans l’acte même de dessiner et il est impossible d’en nier complètement une au profit de l’autre. De la même façon qu’il existe différentes visions et mouvements, par exemple en politique, laissant à chacun le choix, la latitude et l’espace d’exprimer ses propres convictions.

Le danger vient toujours de l’extrémisme radical qui cherche à privilégier une seule approche, cherchant à imposer celle-ci de manière absolue, au détriment de toutes les autres.

C’est un fait qu’il a toujours existé de grands mouvements collectifs, en art comme dans les autres domaines, durant lesquels une tendance cherche à s’imposer, entraînant d’inévitables retours de balancier.

La tendance réaliste et le dessin d’observation par exemple, peu présents au moyen âge, ont été dominants à partir de la renaissance (XVe siècle), et durant la période de la peinture académique , suscitant par la suite un rejet d’une approche devenue trop étroite et exclusive (fin du XIXe siècle), et favorisant l’émergence de l’impressionnisme, puis de l’art abstrait à l’autre extrême.

Ainsi, durant la période de l’abstraction, le dessin d’observation a été volontairement mis de coté au profit d’expressions plus personnelles, préférablement issues de recherches formelles ou de l’imaginaire. Certaine anciennes approches d’apprentissage, comme par exemple les études anatomiques et la copie de tableaux de maître sont alors devenues désuètes. L’acte même de copier ayant pris une couleur péjorative (lire à ce sujet l’article Copier l’œuvre d’un maître)

Bien au-delà des tendances et mouvements de mode, il appartient à chacun d’écouter en pratique, et au plus profond de lui-même, les approches qui lui conviennent, et dans la mesure du possible de sortir des idées préconçues sur lesquelles la tête cherche à s’appuyer.

Tout processus vivant reste souple et sait « mettre de l’eau dans son vin ». Ainsi certaines disciplines qui ont tendance à privilégier le dessin d’imagination, comme le dessin animé et le bande dessinée, reconnaissent à quel point la pratique du dessin d’après modèle s’avère bénéfique à leur propre expression.

De l’autre coté, les peintres réalistes, et même les plus hyperréalistes, savent d’instinct que s’il manque d’espace ou de distance entre le modèle et leur œuvre, étant trop collés sur le reflet de la réalité extérieure, le résultat manquera de profondeur, se limitant à un masque plastique et sans vie reproduisant mécaniquement l’illusion des apparences.

Une des méthodes combinant les deux approches, celle du dessin d’après nature ou d’après modèle, et celle du dessin d’imagination, de mémoire ou plus intuitive, se résume à les faire se succéder, l’une après l’autre.

Cette méthode est très fréquente en art et illustration et bande dessinée réaliste.

Il s’agit tout simplement d’alterner les approches durant le processus.

Par exemple, si je commence un dessin d’après modèle ou d’après photo, je peux, une fois que j’ai été cherché l’information essentielle, retravailler plus intuitivement la composition dans un face à face avec le dessin sans référer au modèle. Puis dans un troisième temps, ayant pris une certaine distance du sujet, revenir au modèle ou à l’image de référence pour préciser ou corriger certaines proportions ou formes, pour ensuite revenir à un travail plus intérieur sur l’harmonisation de l’ensemble ou sur le traitement des valeurs.

Cette façon de travailler en alternance peut se prolonger durant tout le processus de réalisation d’une œuvre picturale, et demeure très fréquente chez certains peintres réalistes.

à l’inverse, je peux aussi commencer par des esquisses sorties de l’imagination et ne référer que plus tard à de la documentation ou au dessin d’après nature pour mieux enraciner mon sujet de dessin dans le réel. Et revenir ensuite travailler mon dessin de mémoire, en fonction de la vision que j’en ai, sans recours aux images de référence. Cette approche est très courante en bande dessinée ainsi qu’en illustration réaliste.

Peu importe le chemin pratiqué, lancez vous à fond dedans, vivez-le intensément, sans vous poser mille et une questions, et vous verrez ensuite plus clair sur ce qui vous convient le mieux après ces mises en pratique!

Lire en complément Le secret pour dessiner la vie et Comment dessiner un être vivant, ces deux articles décrivant le processus de dessin sous un angle plus intérieur.

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