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Vouloir faire du beau à tout prix coûte cher!

Beaucoup d’aspirants artistes veulent « faire du beau ».

En d’autres mots, ils veulent réussir à pondre une image qui suscitera du respect, de l’admiration et  si possible des éloges. Pour ce faire, un grand nombre d’entre eux se mettront en quête du sujet parfait, dans une pose impeccable et avec une lumière idéale.

Car ils se disent secrètement dans leur tête : « si je réussi à trouver un sujet parfait dans une pose impeccable et avec une lumière idéale, la moitié du chemin vers la reconnaissance, l’admiration et les éloges sera accompli, et il ne me restera plus qu’à faire l’autre moitié du travail! »

Ce faisant, ils ne se rendent que très rarement compte qu’ils viennent de se mettre le pied dans un piège.

Un piège doté de puissantes mâchoires de fer ainsi que d’un mécanisme bien huilé, et dont il est très difficile de se libérer.

Pourtant, cela semble tout à fait légitime et naturel de vouloir procéder de cette façon, en voulant faire le mieux possible dans le meilleur des mondes. « N’est-ce pas ainsi que tous les grands artistes que j’admire ont fait? » se demande le débutant.

Dans les faits, il existe ici une importante différence de vision entre l’aspirant et l’artisan expérimenté.

L’aspirant artiste cherche tout naturellement à obtenir ce que lui-même accorde à ses maîtres ou modèles : la reconnaissance et l’admiration.

L’écart d’expérience entre le maître admiré et l’aspirant- admirateur fait en sorte que ce dernier a tendance à idéaliser tout ce que fait le premier.

L’aspirant se perçoit au pied d’une montagne dont le sommet baigne dans une aura de perfection presqu’infaillible. La motivation première de l’aspirant devenant d’atteindre ce sommet quasi inaccessible sur lequel le maître semble trôner.

Ce que fait le maître étant perçu comme beau et parfait, l’aspirant cherche tout naturellement à lui-même faire « du beau et parfait ». La conséquence de cette quête de beauté et de perfection est que dans la majeure partie des cas, sans même s’en rendre compte, l’aspirant cherchera également un sujet beau et parfait, ou à tout le moins un sujet qui se distinguera pour son originalité et sera admirable en lui-même.

C’est là que le « piège infernal » se met en place :

L’aspirant va répéter le schéma admirant-admiré qu’il entretient vis-à-vis de ses maîtres et projeter le même rapport vis-à-vis des ses sujets ou modèles.

Autrement dit, il va tendre à mettre le sujet du dessin ou le modèle « au-dessus de lui », comme il place naturellement ses maîtres au dessus de lui. Il aura tendance à surévaluer le sujet, et à dévaluer en conséquence son œuvre ou sa performance comme ne répondant pas à ses attentes de beauté et de perfection, qualités qu’il attribue à son sujet ou modèle.

La mécanique implacable du piège infernal étant que toute forme de surévaluation amène immanquablement à une forme de dévaluation, avec toutes les déceptions, frustrations et handicaps que cela peut entraîner.

Sans vouloir s’étendre sur le sujet, nous pourrions en parler longuement, un nombre impressionnant d’étudiants et amateurs de dessin tombent dans ce piège d’admirant-admiré qui, s’il semble leur amener quelques stimulations du point de vue motivationnel, se révèle plus que  souvent stérile et invalidant à l’usage.

Comment contourner ce piège?

Laissez l’admiration au vestiaire et concentrez-vous sur le verbe aimer!

Il est peut être utile de préciser ce que nous entendons par le verbe aimer, tant le mot est mis à toutes les sauces. Il ne s’agit pas d’un amour préférentiel qui s’écrie : « J’aime la crème glacée à la vanille et je déteste celle à la pistache », ou encore « je t’aime mais j’aime mieux (je préfère) ta sœur! »

Il s’agit d’avantage d’un  amour maternel ou paternel qui accueille et prend inconditionnellement dans les bras, quelques soient les petits travers et états qui font qu’un enfant est apparemment plus ou moins « aimable » sur le moment.

Contrairement à l’adage populaire, l’amour dont nous parlons ici ne rend pas aveugle (ce serait bien d’avantage le besoin d’admiration et de perfection qui dénature le regard et ultimement crée de l’aveuglement).

Le regard d’amour du cœur accueille et voit avec tendresse, sans créer de déchirure douloureuse entre ce qui est étiqueté beau et désirable d’un coté, et laid et à rejeter de l’autre, déchirure dont le sujet paye les frais consciemment ou inconsciemment.

Le miracle d’une véritable œuvre d’art (au sens traditionnel du terme) est précisément de guérir cette déchirure au travers d’un regard qui unifie et réconcilie, qui fait découvrir la véritable beauté et lumière inhérentes à toute manifestation de vie ou objet, au-delà des jugements évaluateurs, étiquetant et excluant.

L’artisan du dessin qui ouvre son cœur ne cherche tant à s’élever au rang d’un idéal à atteindre, il « s’abaisse » plutôt pour accueillir à bras ouverts la vie dans sa vulnérabilité et son apparente imperfection. Il ne demande plus à ce que le sujet lui fournisse un « plus », c’est lui-même qui vient offrir ce « plus » par le dessin, en actualisant un regard d’amour qui transfigure jusqu’au non-aimable.

C’est cet acte d’amour transfigurateur qui illumine l’œuvre de l’intérieur, et non la technique que l’on peut éventuellement prétendre maîtriser un jour, à force de persévérance.

En fin de compte, peu importe que l’on puisse percevoir que l’on a enfin atteint ou non une certaine expérience, maîtrise technique ou notoriété, puisque le geste amour lui-même est toujours à recommencer, comme au premier jour!

Et entre nous, quand quelqu’un prétend être « arrivé » quelque part en amour, c’est généralement qu’il se dirige tout droit vers une voie de garage et qu’il ne se nourrit d’ores et déjà plus que de souvenirs.

Car qui peut dire à quelqu’un : « je t’aime », tout en affirmant que cette déclaration est bonne une fois pour toute, n’ayant plus jamais aucune nécessité d’être réactualisée?

Connaître pour aimer, ou aimer pour connaître ?

Peut-on véritablement prétendre aimer quelqu’un si on ne le connaît pas ?  Si c’est le cas, on « aime » nécessairement plus l’idée que l’on s’en fait que la personne elle-même !

D’autre part, peut-on véritablement prétendre connaître quelque chose, un être vivant ou même un objet,  si on ne l’a pas au préalable aimé d’une façon ou d’une autre ?

Est-ce que c’est la connaissance qui précède l’amour, ou c’est l’amour qui vient avant ?

Ils sont tout probablement indissociablement liés : pas de véritable amour sans connaissance, sans embrasser toutes les dimensions de l’être connu, et pas de vraie et profonde connaissance sans amour.

En fait, tout dépend de ce que l’on appelle « aimer ». Si aimer quelqu’un, c’est d’en faire celui ou celle qui devra dorénavant pourvoir à tous nos besoins, si aimer c’est admirer en l’autre celui ou celle que l’on se blâme de n’avoir jamais été, si aimer c’est de vouloir s’approprier d’une façon ou d’une autre celui ou celle qui se trouve devant nous, il y a peu de chances que nous parvenions à vraiment connaître la personne « aimée ». Ou même à réellement aimer la personne que l’on prétend connaître.

Aimer, dans ce cas-ci, ne veut pas dire préférer pour telle ou telle autre raison, dans le sens de j’aime cette personne parce qu’elle est originale ou qu’elle correspond à mon idéal, ou j’aime tel arbre parce qu’il est majestueux est beau (alors que je n’aime pas l’autre qui est rabougri).

Aimer dans ce cas-ci, c’est le pari d’une rencontre signifiante sans idée préconçue. Seuls les tout-petits enfants excellent en la matière quand ils vous tendent les bras, à vous l’étranger, montent sur vous et vous plantent leurs yeux dans le fond des vôtres.

Cet enfant, à cet instant précis, ne voit que vous, ne voit que l’être qui est devant lui. L’espace-temps qu’il vous consacre n’existe que pour cette rencontre à laquelle il accorde toute son attention.

Pas étonnant que l’enfant demande en retour la même qualité d’attention, et qu’il est si souvent déçu du manque de véritable disponibilité des « grandes personnes », celles-ci ayant plus souvent qu’autrement la tête dans le nuage de leurs pensées, préoccupations et idées préconçues.

Le dessin attentif, concentré et fervent, est de la même nature que cette rencontre amoureuse et « exclusive » que vivent les petits enfants.

Ce dessin n’est pas un hobby pour se changer les idées, ni un passe-temps pour se désennuyer, encore moins une activité pour se mériter de l’estime et de l’admiration, une thérapie pour aller mieux ou une démarche pour gagner des sous. Pas plus que l’amour se voudrait un hobby, un passe-temps, une activité méritoire, une thérapie ou une démarche lucrative !

Le dessin le plus vivant n’a d’autre raison d’être que de dessiner l’être rencontré, comme l’amour le plus profond n’a d’autre raison d’être que d’aimer l’être rencontré.

Les deux ne peuvent être que pratiqués (la théorie étant totalement ineffective), les deux ne pouvant être entretenus que par le maintien de la pratique (Comment puis-je prétendre continuer à aimer un enfant si en pratique je lui refuse l’attention d’une rencontre en toute disponibilité ?)

Pour maintenir la pratique du dessin, s’y tenir à deux mains, une seule ne suffit pas !

La main droite pour la découverte et la connaissance, la main gauche (la main du cœur)  pour l’accueil et l’amour !

Explorer, …accueillir et aimer ce que l’on a exploré

Découvrir, …accueillir et aimer ce que l’on a découvert

Étudier, …accueillir et aimer ce que l’on a étudié

Approfondir, …accueillir et aimer ce que l’on a approfondi

Reconnaître, …accueillir et aimer ce que l’on a reconnu

Ainsi, en dessin, connaissance et amour vont ensemble main dans la main, un pas devant l’autre !

Connaître pour aimer, ou aimer pour connaître ?

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Peut-on véritablement prétendre aimer quelqu’un si on ne le connaît pas ?  Si c’est le cas, on « aime » nécessairement plus l’idée que l’on s’en fait que la personne elle-même !

D’autre part, peut-on véritablement prétendre connaître quelque chose, un être vivant ou même un objet,  si on ne l’a pas au préalable aimé d’une façon ou d’une autre ?

Est-ce que c’est la connaissance qui précède l’amour, ou c’est l’amour qui vient avant ?

Ils sont tout probablement indissociablement liés : pas de véritable amour sans connaissance, sans embrasser toutes les dimensions de l’être connu, et pas de vraie et profonde connaissance sans amour.

En fait, tout dépend de ce que l’on appelle « aimer ». Si aimer quelqu’un, c’est d’en faire celui ou celle qui devra dorénavant pourvoir à tous nos besoins, si aimer c’est admirer en l’autre celui ou celle que l’on se blâme de n’avoir jamais été, si aimer c’est de vouloir s’approprier d’une façon ou d’une autre celui ou celle qui se trouve devant nous, il y a peu de chances que nous parvenions à vraiment connaître la personne « aimée ». Ou même à réellement aimer la personne que l’on prétend connaître.

Aimer, dans ce cas-ci, ne veut pas dire préférer pour telle ou telle autre raison, dans le sens de j’aime cette personne parce qu’elle est originale ou qu’elle correspond à mon idéal, ou j’aime tel arbre parce qu’il est majestueux est beau (alors que je n’aime pas l’autre qui est rabougri).

Aimer dans ce cas-ci, c’est le pari d’une rencontre signifiante sans idée préconçue. Seuls les tout-petits enfants excellent en la matière quand ils vous tendent les bras, à vous l’étranger, montent sur vous et vous plantent leurs yeux dans le fond des vôtres.

Cet enfant, à cet instant précis, ne voit que vous, ne voit que l’être qui est devant lui. L’espace-temps qu’il vous consacre n’existe que pour cette rencontre à laquelle il accorde toute son attention.

Pas étonnant que l’enfant demande en retour la même qualité d’attention, et qu’il est si souvent déçu du manque de véritable disponibilité des « grandes personnes », celles-ci ayant plus souvent qu’autrement la tête dans le nuage de leurs pensées, préoccupations et idées préconçues.

Le dessin attentif, concentré et fervent, est de la même nature que cette rencontre amoureuse et « exclusive » que vivent les petits enfants.

Ce dessin n’est pas un hobby pour se changer les idées, ni un passe-temps pour se désennuyer, encore moins une activité pour se mériter de l’estime et de l’admiration, une thérapie pour aller mieux ou une démarche pour gagner des sous. Pas plus que l’amour se voudrait un hobby, un passe-temps, une activité méritoire, une thérapie ou une démarche lucrative !

Le dessin le plus vivant n’a d’autre raison d’être que de dessiner l’être rencontré, comme l’amour le plus profond n’a d’autre raison d’être que d’aimer l’être rencontré.

Les deux ne peuvent être que pratiqués (la théorie étant totalement ineffective), les deux ne pouvant être entretenus que par le maintien de la pratique (Comment puis-je prétendre continuer à aimer un enfant si en pratique je lui refuse l’attention d’une rencontre en toute disponibilité ?)

Pour maintenir la pratique du dessin, s’y tenir à deux mains, une seule ne suffit pas !

La main droite pour la découverte et la connaissance, la main gauche (la main du cœur)  pour l’accueil et l’amour !

Explorer, …accueillir et aimer ce que l’on a exploré

Découvrir, …accueillir et aimer ce que l’on a découvert

Étudier, …accueillir et aimer ce que l’on a étudié

Approfondir, …accueillir et aimer ce que l’on a approfondi

Reconnaître, …accueillir et aimer ce que l’on a reconnu

Ainsi, en dessin, connaissance et amour vont ensemble main dans la main, un pas devant l’autre !

Regard d’amour

L’offrande du regard d’amour, en dessin comme dans la vie, c’est l’activation d’un regard qui embrasse au-delà de tous les jugements, différences et séparations.

Ce n’est pas quelque chose qui se commande. Personne ne peut exiger de lui-même ou de l’autre d’aimer.

L’amour ne se commande pas, il se donne, sans quoi ce n’est plus vraiment de l’amour, mais plutôt des faveurs extirpées par la pression, par la manipulation et par la peur.

L’amour vient en aimant.

Le premier pas sur le chemin de l’amour, c’est d’aimer.

Comment peut-on commencer à aimer, si l’amour ne se commande pas ?

En faisant un premier pas, en commençant par le plus petit geste possible.

Si je veux allumer un grand feu, cela me demande d’abord d’allumer une toute petite allumette à partir de laquelle je peux transmettre cette flamme à d’autres brindilles autour, qui elles-mêmes vont enflammer de plus gros morceaux de bois.

Il en va de même avec le regard d’amour.

Pour le dessin, commencez par dessiner ce qui vous inspire de la tendresse. Cela peut être n’importe quoi, quelques feuilles qui tremblent dans le vent, un petit animal endormi, deux mains qui se tiennent… peu importe. Puis prendre le temps d’offrir cet amour en caressant tendrement les formes de ce que vous dessinez. N’ayez aucun souci du résultat, à savoir si vous allez réussir à faire un « beau dessin » qui va vous attirer des compliments. Concentrez-vous sur une seule chose : donner de l’amour.

Plus vous pratiquerez, plus cet amour va grandir, et vous le verrez  se propager comme un feu à des tas de choses auxquelles vous étiez indifférents, ou même qui vous inspirait du mépris ou du dégoût. Plus la pratique est intense, plus le foyer de tendresse est rayonnant, plus l.’amour offert va embrasser grand et large.

Tout va vous sembler devenir « aimable ». Ce que la tête juge comme une imperfection corporelle, comme quelque chose que l’on voudrait changer ou corriger, comme par exemple un nez ou un ventre qui sort de la norme, tout cela va être accueilli dans la tendresse et l’amour !