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Entre l’image à « jeter après usage » et l’œuvre picturale qui traverse les siècles

Toute œuvre approfondie, réalisée au cours d’un processus étendu, cherchera intuitivement un espace et une liberté intérieure, un dégagement de l’enchaînement aux apparences temporelles, ce qui lui donnera une forme de pérennité.

C’est cela qui fait la différence inexplicable entre un instantané photographique ou pictural à consommer sur le champ, et le cas échéant à « jeter après usage », avec une œuvre qui traverse inexplicablement le temps et les époques sans que jamais les regards extérieurs ne parviennent à en épuiser les ressources profondes.

À notre époque de rapidité et surconsommation, le « fast food » étant autant de mise dans les domaines de l’image que de la nourriture, le regard du spectateur ne s’attarde souvent pas plus que quelques secondes sur l’image exposée ou publiée.

L’instantané à consommer rapidement se trouve dès lors dans la « nécessité vitale » de chercher à être attrayant et à attirer l’attention par tous les moyens.

L’image contemporaine ressemble à une personne perdue dans une immense foule. Elle n’a que quelques secondes pour réussir à se faire remarquer aux yeux d’un visiteur étranger qui passe en voiture au travers de la ville. L’image en quête d’attention tentera dès lors de « sur-paraître », de se surpasser en ses apparences et en ses spécificités : couleurs plus vives, formes plus stylisées, expression caricaturale, contenu agressif, etc., de façon à se distinguer des autres et à s’attirer le regard convoité.

L’expression picturale de notre époque, fortement influencée par la publicité, est profondément marquée par cette course effrénée à la visibilité.

L’œuvre picturale de longue durée est dans une dynamique inverse. Elle va, au contraire de l’art commercial, chercher à adoucir tout ce qui est trop agressif ou personnalisé de façon à ouvrir une fenêtre dans le mur des apparences et des différences. Cette œuvre va, dans le processus même de son enfantement, gratter patiemment la surface du paraître pour laisser transparaître le mystère sous-jacent et universel caché en arrière de toute apparence.

Pour résumer, la différence entre l’image à consommer sur le champ et l’œuvre qui se perpétue au-delà des temps peut se comparer dans le premier cas à une bouteille d’eau qui se vide après avoir été consommée, et dans le deuxième cas à une source connectée à de profondes nappes d’eaux souterraines, source à laquelle l’assoiffé pourra boire à volonté sans que celle-ci ne se tarisse.

Cet article a été écrit parallèlement à la création du dessin ci-dessous, alors que le processus de son « enfantement » se prolongeait de retouches en modifications. Voir les articles Jeune mère se penchant pour prendre son bébé ainsi que son complément Corriger ou modifier un dessin au graphite pour suivre toutes les étapes de la création du dessin.

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Jeune maman se penchant pour prendre son bébé – Dessin au graphite