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Appel de participation au livre collectif “Nus devant le corps nu”

Racontez une séance de dessin ou de photos d’après modèle nu en dévoilant ce qui habituellement reste caché : votre propre regard face au corps nu!

Bulletin spécial

Le premier objectif de Dessiner le corps avec tendresse est d’offrir un nouveau regard au corps, moins jugeant et plus tendre, au moyen de la pratique du dessin.

L’équipe lance une toute nouvelle initiative pour appuyer cette démarche : un recueil collectif d’images et de témoignages intitulé « Nus devant le corps nu ».

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L’originalité de cette activité de participation tient au fait qu’au-delà de la représentation du corps nu, le regard même de la personne qui tient le crayon ou l’appareil photo est mis à nu

Artistes, photographes, modèles et simples participants sont cordialement invités à participer à la démarche!

C’est très simple : réalisez une dizaine de croquis ou de dessins d’après la même séance de pose et commentez chacune des images en témoignant de ce que vous avez vécu intérieurement face au sujet, du regard que vous avez posé sur le corps, et éventuellement de ce qui a été partagé avec le modèle.

Les dessins peuvent être de simples croquis ou esquisses, ou même des traçages des photos, ou encore des œuvres plus achevées. Nulle nécessité de performer sur le plan artistique, ce qui importe, c’est la sincérité du témoignage. Au minimum, quelques lignes de crayon accompagnées de quelques lignes de texte suffisent.

Il est aussi possible de décrire une session d’autoportrait nu, et les modèles sont chaleureusement invités à participer en témoignant de leur perception du regard partagé lors d’une séance de pose.

Les témoignages seront diffusés sur le web et sous forme d’un e-Book portant le titre Nus devant le corps nu. Les artistes, photographes, modèles et autres participants pourront indiquer leurs coordonnées et partager eux-mêmes l’e-Book sur leur site et dans leurs réseaux. Il est entendu que les artistes conservent leurs droits sur le matériel envoyé.

Pour s’inscrire ou envoyer des textes et dessins, écrire à envois@dessintraitdunion.net

Date de tombé pour la première publication : 15 août 2011

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Le secret pour dessiner la vie

Le secret ultime se ramène toujours à une question de « présence » : Soyez pleinement là, en face du modèle ou de l’œuvre, non pas dans vos idées, rêves ou attentes, mais tout simplement en état de disponibilité de cœur et d’esprit.

Ce qui anime la démarche artistique de l’intérieur se ramène à un acte d’amour. Or il est impossible d’aimer sans être présent. Qui veut d’une amante ou d’un amant non présent, perdu dans ses pensées, principes ou rêves?

Lorsqu’en amour la personne qui vous fait face disparaît dans ses propres préoccupations, vous ne sous sentez pas vu! Il en va de même avec le modèle ou l’œuvre, il vous est impossible de réellement les voir si vous ne leur êtes pas présent, si votre vision est embuée par vos idées préconçues ou états émotifs.

Être présent, c’est voir, et voir c’est reconnaître.

Une fois que le sujet ou modèle est pleinement vu, reconnu et entendu, il devient possible de plonger librement dans la réalisation du dessin. Comme des comédiens qui n’ont plus qu’à habiter le personnage, ayant reçu et déjà profondément « compris » le scénario de la scène qu’ils ont à interpréter.

Tel que mentionné en ces pages, les artistes visuels sont un peu des « comédiens du dedans » (lire à ce sujet l’article Accepter de se mouiller, d’être partie prenante). Tout comme les acteurs ou actrices, ils incarnent le personnage représenté, sauf qu’ils le font dans un mode beaucoup plus intériorisé et apparemment moins démonstratif.

Dans ce processus d’incarnation d’une scène, d’un visage ou d’un corps, la personne qui tient le crayon s’appuie à la fois sur le reflet extérieur, l’image qui est renvoyée par le miroir du monde, et sur la rencontre intime avec l’être reflété, découvert cette fois-ci à l’intérieur de lui-même.

Et c’est là une des clés pour tout artiste ou artisan sur ce chemin de l’intériorité : la conviction absolue que l’être que l’on croit n’exister qu’en dehors de nous, est en fait déjà pleinement vivant à l’intérieur de nous.

Sans cette conviction, le comédien, romancier, ou artiste visuel est condamné à une incessante quête d’information supplémentaire pour alimenter un mimétisme voué à l’échec, n’arrivant jamais à engendrer un reflet satisfaisant de l’être représenté, l’ingrédient essentiel lui faisant défaut.

Peu importe le nom que l’on attribue à cet ingrédient essentiel : ce qui anime l’être par l’intérieur, sa présence, son âme ou son esprit. Sans cet ingrédient, la représentation de l’être est comme une coquille vide, une empreinte stérile, un fossile figé, un masque de plastique, une apparence dépossédée de sa vie.

Lire aussi à ce sujet Comment dessiner un être vivant.

 

Comment dessiner un être « vivant »

Dessiner un être vivant suit le même processus que la création de la vie. Pour engendrer un être vivant sur papier, cet être demande à être préalablement « accueilli » et reconnu en notre propre intériorité

La vie ne peut germer et fleurir sans avoir été accueillie. Sur le plan biologique, cet « accueil » de la vie débute par une planète « tendre », humide, qui reçoit en ses eaux les rayons du soleil.

Cette réception se réactualise lorsque la semence d’une espèce végétale est accueillie dans une terre perméable et fertile.

L’être humain, à son tour, ne peut s’élancer dans la vie sans avoir été au préalable accueilli dans les profondeurs matricielles d’une femme.

Il en est ainsi de l’engendrement d’un être vivant sur papier, lequel demande à être préalablement accueilli dans une âme tendre avant de pouvoir prendre vie sur papier.

Sans espace intérieur, sans la capacité de l’être humain d’accueillir la vie en son intériorité, et d’en reconnaître la présence vivante en dedans de lui-même, il ne pourrait même pas concevoir la possibilité de donner vie à cette présence au travers d’une œuvre.

Juste par sa capacité de nommer, une fleur, un animal ou tout autre être vivant, l’être humain a déjà reconnu l’existence de cette forme de vie en lui.

Ce processus d’accueil, de reconnaissance, de conception et d’accouchement sur papier est dans bien des cas relativement inconscient.

Lorsque qu’un petit enfant ou un adulte dessine une forme de vie, même machinalement quand ce dernier gribouille en parlant au téléphone, il accouche de ce qui a déjà été conçu et reconnu en lui.

Ce même processus, presque automatique et inhérent à la nature humaine, peut prendre de l’ampleur et devenir plus conscient au travers de la pratique artistique, à la condition de lui accorder un espace dédié.

Que veut dire un « espace dédié »?

Un espace dédié est un espace que l’on accorde consciemment à la forme de vie que l’on cherche à incarner.

Cet espace se mesure à la fois en termes d’espace physique et en termes de temps, offert autant intérieurement qu’extérieurement,

Un comédien, par exemple, peut consacrer des mois de présence presque obsessive au personnage qu’il cherche à incarner, à la fois en étudiant ses comportements extérieurs, et en même temps en le vivant de l’intérieur, comme s’il était lui-même dans la peau de celui-ci. Ce même personnage finit effectivement par prendre une grande place dans sa vie.

Certains peintres prennent tout autant de temps pour accoucher d’un simple portrait. Ils vont « porter » le visage de leur modèle avec eux dans l’ensemble de leurs activités, comme une femme enceinte porte son enfant en elle où qu’elle soit. Cet espace consacré à l’être représenté peut se signer sous diverses formes, par exemple en entretenant un cahier de croquis, en prenant le temps de faire des esquisses d’après modèle, ou en préparant soigneusement la surface d’une toile vierge qui lui destinée.

À l’inverse, le manque d’espace menace la vie, en commençant par toute forme de vie biologique. Aucun être vivant ne peut survivre s’il est confiné à un espace trop étroit pour le laisser croître. Appliqué au dessin, le manque d’espace limite à des actions de reproduction mécanique, compromettant la petite étincelle de vie qui fait la différence.

Pour revenir à l’essentiel de notre question, comment dessiner la vie?, la réponse au plus simple est : en lui accordant de l’espace!

Lire aussi à ce sujet Le secret pour dessiner la vie.

Parfait du premier coup!

Les débutants s’imaginent souvent que la maîtrise du dessin conduit à une telle virtuosité que l’œuvre est pondue d’un seul trait, offrant du premier coup un résultat complètement impeccable et achevée.

 

Il faut reconnaître qu’à notre époque de grande consommation et de suprématie des apparences, nous sommes avant tout exposés aux produits finis, bien ficelés et bien emballés, au design attrayant et irréprochable. Le consommateur moyen ignore généralement tout de ce qu’il a fallu de patience, de persévérance, d’essai-erreur, de reprise et de peaufinement avant d’en arriver au produit fini. Ce long et plus que souvent humble processus d’élaboration d’un produit ou d’une œuvre est relativement caché comparativement à l’omniprésence de la mise en valeur du produit fini (ne fût-ce que par la publicité qui l’entoure).

 

Juste pour jouer, imaginons une société qui partagerait et valoriserait avant tout le processus de création de l’œuvre, ne lui portant à peu près pas d’attention dans ses apparences de produit fini. Imaginons à quel point cette société, honorant avant tout le processus, faciliterait l’accès à la mise en œuvre de ce processus auprès d’un beaucoup plus grand nombre de personnes.

 

Au contraire, l’omniprésence de la machine et des systèmes automatiques tend à favoriser la recherche de résultat instantané. Le consommateur n’a souvent qu’à pousser sur un bouton ou à taper un mot clé pour obtenir un produit fini. Il n’aura dans la majeure partie des cas aucune conscience de la longueur du processus, ni des soins et de toute l’attention que la création de ce produit a requis, associant son engendrement au processus automatisé qui l’a rendu accessible.

 

Beaucoup de personnes désirent se retrouver du coté de la table de dessin, s’imaginant que les plaisirs de la consommation d’images seront décuplés s’ils se mettent eux-mêmes à en créer. La plupart de ces mêmes personnes déchantent lorsqu’ils expérimentent la réalité et les exigences du processus.

 

Un des premiers objectifs du site de Dessiner le corps est de partager plus en détail le parcours aventureux de la création d’un dessin ainsi que d’en faire apprécier toute la richesse du processus!

Vouloir faire du beau à tout prix coûte cher!

Beaucoup d’aspirants artistes veulent « faire du beau ».

En d’autres mots, ils veulent réussir à pondre une image qui suscitera du respect, de l’admiration et  si possible des éloges. Pour ce faire, un grand nombre d’entre eux se mettront en quête du sujet parfait, dans une pose impeccable et avec une lumière idéale.

Car ils se disent secrètement dans leur tête : « si je réussi à trouver un sujet parfait dans une pose impeccable et avec une lumière idéale, la moitié du chemin vers la reconnaissance, l’admiration et les éloges sera accompli, et il ne me restera plus qu’à faire l’autre moitié du travail! »

Ce faisant, ils ne se rendent que très rarement compte qu’ils viennent de se mettre le pied dans un piège.

Un piège doté de puissantes mâchoires de fer ainsi que d’un mécanisme bien huilé, et dont il est très difficile de se libérer.

Pourtant, cela semble tout à fait légitime et naturel de vouloir procéder de cette façon, en voulant faire le mieux possible dans le meilleur des mondes. « N’est-ce pas ainsi que tous les grands artistes que j’admire ont fait? » se demande le débutant.

Dans les faits, il existe ici une importante différence de vision entre l’aspirant et l’artisan expérimenté.

L’aspirant artiste cherche tout naturellement à obtenir ce que lui-même accorde à ses maîtres ou modèles : la reconnaissance et l’admiration.

L’écart d’expérience entre le maître admiré et l’aspirant- admirateur fait en sorte que ce dernier a tendance à idéaliser tout ce que fait le premier.

L’aspirant se perçoit au pied d’une montagne dont le sommet baigne dans une aura de perfection presqu’infaillible. La motivation première de l’aspirant devenant d’atteindre ce sommet quasi inaccessible sur lequel le maître semble trôner.

Ce que fait le maître étant perçu comme beau et parfait, l’aspirant cherche tout naturellement à lui-même faire « du beau et parfait ». La conséquence de cette quête de beauté et de perfection est que dans la majeure partie des cas, sans même s’en rendre compte, l’aspirant cherchera également un sujet beau et parfait, ou à tout le moins un sujet qui se distinguera pour son originalité et sera admirable en lui-même.

C’est là que le « piège infernal » se met en place :

L’aspirant va répéter le schéma admirant-admiré qu’il entretient vis-à-vis de ses maîtres et projeter le même rapport vis-à-vis des ses sujets ou modèles.

Autrement dit, il va tendre à mettre le sujet du dessin ou le modèle « au-dessus de lui », comme il place naturellement ses maîtres au dessus de lui. Il aura tendance à surévaluer le sujet, et à dévaluer en conséquence son œuvre ou sa performance comme ne répondant pas à ses attentes de beauté et de perfection, qualités qu’il attribue à son sujet ou modèle.

La mécanique implacable du piège infernal étant que toute forme de surévaluation amène immanquablement à une forme de dévaluation, avec toutes les déceptions, frustrations et handicaps que cela peut entraîner.

Sans vouloir s’étendre sur le sujet, nous pourrions en parler longuement, un nombre impressionnant d’étudiants et amateurs de dessin tombent dans ce piège d’admirant-admiré qui, s’il semble leur amener quelques stimulations du point de vue motivationnel, se révèle plus que  souvent stérile et invalidant à l’usage.

Comment contourner ce piège?

Laissez l’admiration au vestiaire et concentrez-vous sur le verbe aimer!

Il est peut être utile de préciser ce que nous entendons par le verbe aimer, tant le mot est mis à toutes les sauces. Il ne s’agit pas d’un amour préférentiel qui s’écrie : « J’aime la crème glacée à la vanille et je déteste celle à la pistache », ou encore « je t’aime mais j’aime mieux (je préfère) ta sœur! »

Il s’agit d’avantage d’un  amour maternel ou paternel qui accueille et prend inconditionnellement dans les bras, quelques soient les petits travers et états qui font qu’un enfant est apparemment plus ou moins « aimable » sur le moment.

Contrairement à l’adage populaire, l’amour dont nous parlons ici ne rend pas aveugle (ce serait bien d’avantage le besoin d’admiration et de perfection qui dénature le regard et ultimement crée de l’aveuglement).

Le regard d’amour du cœur accueille et voit avec tendresse, sans créer de déchirure douloureuse entre ce qui est étiqueté beau et désirable d’un coté, et laid et à rejeter de l’autre, déchirure dont le sujet paye les frais consciemment ou inconsciemment.

Le miracle d’une véritable œuvre d’art (au sens traditionnel du terme) est précisément de guérir cette déchirure au travers d’un regard qui unifie et réconcilie, qui fait découvrir la véritable beauté et lumière inhérentes à toute manifestation de vie ou objet, au-delà des jugements évaluateurs, étiquetant et excluant.

L’artisan du dessin qui ouvre son cœur ne cherche tant à s’élever au rang d’un idéal à atteindre, il « s’abaisse » plutôt pour accueillir à bras ouverts la vie dans sa vulnérabilité et son apparente imperfection. Il ne demande plus à ce que le sujet lui fournisse un « plus », c’est lui-même qui vient offrir ce « plus » par le dessin, en actualisant un regard d’amour qui transfigure jusqu’au non-aimable.

C’est cet acte d’amour transfigurateur qui illumine l’œuvre de l’intérieur, et non la technique que l’on peut éventuellement prétendre maîtriser un jour, à force de persévérance.

En fin de compte, peu importe que l’on puisse percevoir que l’on a enfin atteint ou non une certaine expérience, maîtrise technique ou notoriété, puisque le geste amour lui-même est toujours à recommencer, comme au premier jour!

Et entre nous, quand quelqu’un prétend être « arrivé » quelque part en amour, c’est généralement qu’il se dirige tout droit vers une voie de garage et qu’il ne se nourrit d’ores et déjà plus que de souvenirs.

Car qui peut dire à quelqu’un : « je t’aime », tout en affirmant que cette déclaration est bonne une fois pour toute, n’ayant plus jamais aucune nécessité d’être réactualisée?